11.12.2006
L'ISF au service de l'emploi
La déclaration de Nicolas Sarkozy, dans l'émission "Ripostes" du 10.12.2006, qu'il pourrait mettre l'ISF au service de l'emploi en permettant à ceux qui investiraient dans la création de PME régionales de déduire une partie de leur investissement de leur ISF, nous a bien entendu fait très plaisir.
En attendant que l'ISF soit supprimé, c'est en effet ce que depuis 2003 nous proposons pour remédier à la paralysie que l'ISF a entraînée dans l'économie française et au chômage qui en est le résultat.
Et nous sommes heureux que déjà au moins un candidat à la présidentielle nous ait entendu.
Rappelons que comparées aux Anglais, nos "gazelles", les entreprises à forte croissance, n'attirent, pour financer leur croissance et leurs premiers pas, qu'1,5 milliards d'euros alors que les gazelles britanniques, elles, bénéficient de 10 milliards, six fois plus.
Lire le script complet de l'émission "Ripostes" du 10.12.2006: Script_Nicolas_SARKOZY_Ripostes_10_d_cembre_2006_1_.DOC
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06.12.2006
Les naufrages de l'éducation nationale, ou le débat impossible
La façon dont on forme la jeunesse est révélatrice d'un modèle de société.
Je dirige un master professionnalisé à l'université de Perpignan depuis trois ans. Dans ce cadre, je suis amené à côtoyer de près le milieu professionnel dans un souci de rapprochement du monde de l'université et de l'entreprise qui me conduit à mettre en oeuvre en permanence des procédures d'évaluation, d'autoévaluation et de benchmarking pour mieux faire évoluer les cursus par rapport aux besoins des futurs employeurs. Certes, beaucoup reste à faire dans l'empire de la rigidité qu'est notre noble université. Mais je mesure mieux aujourd'hui l'ampleur des décalages qui ont aboutit à un chômage structurel qu'aucune mesure conjoncturelle de relance de la demande n'est susceptible de rectifier.
Ce dialogue avec les chefs d'entreprises et les cadres est particulièrement instructif. Il en dit long sur le regard que portent les acteurs économiques sur nos étudiants. Alors que les rapports officiels défendent l'idée que le niveau monte, la plupart des professionnels jettent un regard sévère sur les lycéens et les étudiants. Ce n'est pas toujours le niveau qui est d'ailleurs en cause. C'est plus souvent une attitude, une adaptabilité. Comment, en quelques semestres, l'université peut-elle rectifier un pli pris depuis le primaire ? Et l'université cherche-t-elle même à rectifier ce pli ?
Il faudrait que le diagnostic officiel autorise le débat. Mais le diagnostic du marché du travail est sans appel. Notre système de formation en général, et l'université française en particulier, montrent de grandes faiblesses dans trois domaines jugés cruciaux par les acteurs de l'entreprise : le sport, l'anglais et l'économie.
Considérons la problématique inattendue du sport. Pour les professionnels, les étudiants n'ont pas l'esprit de compétition ; ils n'expriment pas la « soif de gagner » et le plaisir de se mesurer aux autres. La pratique d'un sport nous apprend que l'adversaire n'est pas un ennemi mais un partenaire auquel on se mesure pour mieux se dépasser. Lorsque le partenaire est trop fort, alors on perd tout le temps et ce n'est pas intéressant. Lorsqu'il est trop faible, on gagne à chaque fois et ce n'est pas motivant. Ainsi, la compétition implique l'autoévaluation dans la confrontation permanente et assidue.
La compétition, l'autoévaluation, le benchmarking, c'est précisément tout ce que l'on veut bannir à l'école et dans les universités au nom d'un moule unique qui offrirait la même qualité de formation partout sur le territoire. Au point que le débat sur l'opportunité de donner des devoirs à la maison ou de maintenir un système de notation est récurrent. Il ne faut surtout pas traumatiser nos enfants ! Et je n'ose parler de la place du sport à l'université, sans commune comparaison avec le sport universitaire dans les universités américaines digne de nos clubs professionnels.
Pensez au parcours de cette américaine, issue d'une fratrie de sept enfants, Pat Russo. Cette femme d'affaires dirige aujourd'hui le numéro deux mondial des télécoms (Alcatel-Lucent) , une entreprise du CAC 40. Pat Russo n'a de cesse de le répéter : « j'aime la compétition, j'aime gagner » [1]. Réaction primaire d'une américaine attardée ? Pour s'imposer dans ce milieu d'affaires très masculin, elle a sans cesse affronté ses frères sur les terrains de football, de basket et de hockey sur gazon du New Jersey. Si son cursus universitaire remarquable lui a donné les compétences théoriques, la pratique assidue du sport lui a donné un état d'esprit compétitif adapté au fonctionnement réel des entreprises.
La semaine dernière, j'étais invité à faire un séminaire sur l'économie du sport et du loisir sportif en STAPS à l'université de Montpellier I. J''apprends alors qu'un colloque était organisé sur le thème de «l'idéologie ultra-libérale comme menace pour les formations sportives ". L'enseignement du sport est à la dérive dans le système français, alors on accuse le libéralisme.. . Comment peut-on corriger nos faiblesses quand on est à ce point aveugle ?
Abordons la question de l'anglais. Le constat des professionnels est unanime : nos étudiants ne sont pas à l'aise avec l'anglais. Alors, les étudiants vont rejeter toute opportunité d'embauche à l'étranger. Ces propos m'ont fait pensé à une inspectrice de l'académie qui considérait que l'école publique ne devait pas être « complice de l'hégémonie américaine » en systématisant la pratique de l'anglais dans les écoles primaires. Cela me laisse songeur.
Mais ce processus est révélateur d'un problème plus profond concernant la mobilité dans notre pays. L'inspectrice d'académie considère sans doute que les enfants de l'école du village vont trouver demain du travail dans leur village. Pourtant, cela n'est pas plus vrai aujourd'hui que cela ne l'était du temps de nos parents.
Venons-en à l'économie. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la catastrophe française en ce domaine [2]. On demande aux électeurs de se prononcer sur des programmes et des problématiques économiques à un moment où ils sont de moins en moins éclairés en ce domaine. Les professionnels sont consternés par le niveau d'inculture économique des lycéens et des étudiants de manière générale. L'inculture économique, c'est dans le meilleur des cas ! Car globalement, le système éducatif distille une véritable culture anti-économique, une contre-culture ou plutôt, une « alter-culture » unique au monde au point que les étudiants ne comprennent rien à l'entreprise. Ils confondent charges, chiffres d'affaires et bénéfice. Ils pensent qu'un patron s'en met plein les poches. Les étudiants les plus zélés assimilent l'entreprise à un lieu d'exploitation jamais à un outil de création de richesses.
Finalement, notre rapport collectif au sport, à l'anglais et à l'économie est le symptôme d'un mal terrible, susceptible de terrasser tout un pays qui refuse d'entendre le diagnostic et d'en tirer toutes les conséquences. Dans ce domaine, où l'avenir de nos enfants se joue, une rupture s'impose.
Jean-Louis Caccomo,
Perpignan, le 6 décembre 2006
http://caccomo. blogspot. com/
[1] Le Point, 30 novembre 2006, n° 1785 : p. 94.
[2] Caccomo J.L. « La troisième voie : impasse ou espérance », Editions Les Presses Littéraires, à Paraître.
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