15.05.2008

Des profs employés pour défendre le marais poitevin


Marie-Estelle Pech
14/05/2008 | Mise à jour : 22:53 |

Certains enseignants «détachés» occupent des emplois très éloignés de l'enseignement.

Associations régionalistes, fédérations sportives, ONG humanitaires… Dressée par la Cour des comptes en 2005, la liste des institutions employant les 1 300 professeurs «détachés» de l'Éducation nationale a de quoi surprendre. On apprend ainsi que les associations Maison des marais mouillés du Poitou et Ensemble contre le Sida avaient le bonheur d'accueillir un enseignant tout comme la Fédération de rugby, celle de football, l'Observatoire international des prisons ou encore les Restaurants du cœur… Les associations Charles-de-Gaulle et Georges-Pompidou n'en employaient pas moins de quatre ! Sept autres œuvraient à la FCPE, principale association de parents d'élèves, quarante-sept à la Cité des sciences et neuf aux Éclaireurs de France. La Ligue française de l'enseignement se taillait enfin la part du lion avec 206 enseignants.

Ces associations signent généralement des conventions avec l'Éducation nationale. Mais toutes ne remboursent pas le traitement des fonctionnaires prêtés. À noter que, au-delà du marais poitevin et des stades de foot, la majorité des professeurs «déchargés» travaillent dans les ministères, les rectorats et autres organismes publics comme le conseil d'État ou l'Institut de France.

Discipline «en surnombre »

 

Pour la Cour des comptes, les heures de décharge pour l'animation d'associations sportives ne recouvriraient pas toutes une activité réelle dans plusieurs centaines d'établissements. Enfin, la survivance des heures dites de «cabinet» ou de «laboratoire», correspondant autrefois au temps que l'enseignant passait à ranger des cartes ou à entretenir le matériel de laboratoire, est également critiquée. Aux côtés de ces profs «déchargés», les «remplaçants», susceptibles de prendre la place de collègues malades au pied levé, constituent les gros bataillons des enseignants absents des salles de classe. Professeur de philosophie dans l'académie d'Aix-Marseille, Sébastien est remplaçant dans une discipline «en surnombre». Cette année, il alterne les semaines passées chez lui et celles où il enseigne. En janvier, il a ainsi remplacé une enseignante dépressive dans un lycée pendant deux mois, puis n'a pas travaillé pendant un mois. Depuis quelques semaines, cet agrégé exerce une activité bien éloignée de sa formation d'origine : il remplace une documentaliste !

06.06.2007

De la nécessité de réformer la carte scolaire

La carte scolaire n’est pas un outil efficace pour assurer l’égalité des chances.

Créée en 1963, la carte scolaire n’a pas été conçue pour imposer la mixité sociale, mais pour réguler efficacement la distribution des effectifs scolaires, dans un contexte de forte croissance démographique.

Depuis 45 ans, l’organisation de notre système scolaire a changé, avec la mise en place du collège unique, le transfert de compétences aux départements et aux régions dans le cadre de la décentralisation et la déconcentration donnant plus de poids aux académies. La réalité urbaine n’est plus la même puisque la création des grands ensembles, où se trouvent aujourd’hui les établissements scolaires les plus fragiles, est postérieure à la mise en place de la carte scolaire.

La carte scolaire est souvent détournée aux profits de celles et ceux qui ont les moyens, les relations, et surtout l’information nécessaires pour la contourner. Les familles utilisent désormais des stratégies de plus en plus raffinées pour éviter d’inscrire leur enfant dans l’établissement auquel ils sont rattachés : options rares, adresse fictive, déménagement de circonstance, etc. Il est nécessaire d’en finir avec l’opacité. La progression des demandes d’inscriptions dans le secteur privé (+ 20 % à la dernière rentrée) traduit une volonté forte de la part des familles de choisir l’établissement de leur enfant.

La suppression de la carte scolaire poursuit plusieurs objectifs :
– Une plus grande justice sociale en mettant un terme à un système qui favorise le « fort » par rapport au « faible ».
– Une plus grande liberté en permettant aux familles de pouvoir choisir l’établissement de leur enfant.
– Une plus grande mixité en améliorant la diversité sociale et géographique de la population scolaire des établissements. Elle sera désormais de la responsabilité des pouvoirs publics, qui s’en étaient trop longtemps déchargé sur les familles.
– Une plus grande transparence, en supprimant la carte scolaire, le Gouvernement souhaite instaurer une règle claire, qui sera la même pour tous.

La suppression de la carte scolaire sera progressive.

Dès la rentrée 2007, le nombre de ceux qui pourront s’inscrire dans un établissement situé en dehors de leur secteur de rattachement augmentera. Les inspecteurs d’académie recevront l’instruction d’accorder le plus grand nombre possible de dérogations demandées.

Priorité sera donnée aux :
– demandes émanant d’élèves boursiers au mérite et des boursiers sociaux ;
– demandes motivées par le handicap, la situation de santé de l’élève, ou le regroupement d’une fratrie ;
– demandes fondées sur un argument de proximité géographique évident.

Les établissements dont le nombre d’élèves baissera conserveront leurs moyens et devront les mobiliser au service de dispositifs permettant d’améliorer leurs résultats. Ils bénéficieront du droit à l’expérimentation ouvert par l’article 34 de la loi sur l’avenir de l’école et pourront adapter leur organisation pédagogique de manière autonome, dans le cadre d’un projet d’établissement. Ils devront avoir rétabli leur attractivité sous 5 ans.

Au cours de l’année 2007-2008, une campagne d’information sera dirigée envers toutes les familles, en particulier les plus modestes, pour leur indiquer l’existence de cette nouvelle liberté.

En outre, tous les parents qui le souhaitent auront la possibilité de scolariser leurs enfants dans un établissement pratiquant le mi-temps sportif, culturel ou artistique.

Le caractère progressif de la suppression de la carte scolaire évitera toute désorganisation brutale des établissements scolaires.

La suppression de la carte scolaire sera concertée et équilibrée.

Cette réforme n’est pas une remise en cause de la règle générale qui permet aux familles d’inscrire leurs enfants dans l’établissement le plus proche de leur lieu de résidence.

Par ailleurs, il est faux de dire que la suppression de la carte scolaire créera un désordre au détriment des familles défavorisées. Le système actuel ne pénalise que ceux qu’il prétend protéger et donne une entière liberté aux autres de s’en affranchir.

La suppression de la carte scolaire s’accompagnera de la mise en place des outils de régulation destinés à assurer une véritable diversité sociale au sein des établissements scolaires. C’est pour l’ensemble de ces raisons que 72 % des Français estime qu’assouplir progressivement la carte scolaire est une bonne chose1.


[1] Sondage CSA-CISCO pour le Parisien, réalisé par téléphone les 23 et 24 mai 2007.

05.04.2007

Un plan Marshall 2 pour les banlieues

La question des banlieues est un véritable problème de société auquel les gouvernements successifs sont confrontés depuis de nombreuses années sans trouver de réponse satisfaisantes.

Nicolas SARKOZY souhaite s'engager pour un véritable plan Marshall 2 pour sortir les banlieues de la crise et donner à leurs habitants de véritables perspectives d'avenir.

Après le plan Borloo de restructuration urbaine, qui commence à porter ses fruits, Nicolas Sarkozy souhaite que la valeur travail et le mérite deviennent les nouveaux moteurs de la politique de la ville.

Remettre la république au coeur des quartiers

« Je veux que la République se réapproprie les quartiers. Je poursuivrai le démantèlement des bandes organisées. Je conduirai un plan d'urgence pour l'éducation qui divisera par deux le nombre d'élèves des établissements les plus en difficulté. Services publics, transports en commun, commerces de proximité seront réinstallés dans les quartiers. Je permettrai aux habitants du parc HLM d'acheter leur logement afin de se réapproprier la vie de leur quartier. »

Permettre à tous les jeunes de bénéficier d'une formation et d'un salaire :

« Si je suis élu je mettrai en oeuvre un grand plan Marshall 2 de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu'aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. »
En échange d'une formation, d'un emploi et d'un salaire, chaque jeune bénéficiaire sera appelé a faire des efforts d'assiduité et de travail pour justifier de ce soutien exceptionnel de l'Etat

Se donner les moyens de sortir les banlieues de la crise :

« Je consacrerai beaucoup d'argent aux banlieues, dans l'éducation, la formation, la rénovation urbaine, les services publics, les transports, l'activité économique. Je n'accepte pas qu'on se soit résigné à laisser se développer tant de ghettos scolaires et urbains. Je n'accepte pas que toute une partie de nos enfants soit discriminée à cause de la couleur de leur peau ou de leur origine sociale. Ceux qui font des efforts recevront les meilleures conditions de travail et d'éducation. Nous susciterons des vocations pour le service public, qui sera un levier de promotion sociale pour les jeunes issus des quartiers. Mais je ne laisserai aucun jeune dans l'oisiveté. Chacun devra avoir un emploi ou suivre une formation qualifiante. »

06.12.2006

Les naufrages de l'éducation nationale, ou le débat impossible

medium_caccomo.jpgLa façon dont on forme la jeunesse est révélatrice d'un modèle de société.

Je dirige un master professionnalisé à l'université de Perpignan depuis trois ans. Dans ce cadre, je suis amené à côtoyer de près le milieu professionnel dans un souci de rapprochement du monde de l'université et de l'entreprise qui me conduit à mettre en oeuvre en permanence des procédures d'évaluation, d'autoévaluation et de benchmarking pour mieux faire évoluer les cursus par rapport aux besoins des futurs employeurs. Certes, beaucoup reste à faire dans l'empire de la rigidité qu'est notre noble université. Mais je mesure mieux aujourd'hui l'ampleur des décalages qui ont aboutit à un chômage structurel qu'aucune mesure conjoncturelle de relance de la demande n'est susceptible de rectifier.

Ce dialogue avec les chefs d'entreprises et les cadres est particulièrement instructif. Il en dit long sur le regard que portent les acteurs économiques sur nos étudiants. Alors que les rapports officiels défendent l'idée que le niveau monte, la plupart des professionnels jettent un regard sévère sur les lycéens et les étudiants. Ce n'est pas toujours le niveau qui est d'ailleurs en cause. C'est plus souvent une attitude, une adaptabilité. Comment, en quelques semestres, l'université peut-elle rectifier un pli pris depuis le primaire ? Et l'université cherche-t-elle même à rectifier ce pli ?

Il faudrait que le diagnostic officiel autorise le débat. Mais le diagnostic du marché du travail est sans appel. Notre système de formation en général, et l'université française en particulier, montrent de grandes faiblesses dans trois domaines jugés cruciaux par les acteurs de l'entreprise : le sport, l'anglais et l'économie.

Considérons la problématique inattendue du sport. Pour les professionnels, les étudiants n'ont pas l'esprit de compétition ; ils n'expriment pas la « soif de gagner » et le plaisir de se mesurer aux autres. La pratique d'un sport nous apprend que l'adversaire n'est pas un ennemi mais un partenaire auquel on se mesure pour mieux se dépasser. Lorsque le partenaire est trop fort, alors on perd tout le temps et ce n'est pas intéressant. Lorsqu'il est trop faible, on gagne à chaque fois et ce n'est pas motivant. Ainsi, la compétition implique l'autoévaluation dans la confrontation permanente et assidue.

La compétition, l'autoévaluation, le benchmarking, c'est précisément tout ce que l'on veut bannir à l'école et dans les universités au nom d'un moule unique qui offrirait la même qualité de formation partout sur le territoire. Au point que le débat sur l'opportunité de donner des devoirs à la maison ou de maintenir un système de notation est récurrent. Il ne faut surtout pas traumatiser nos enfants ! Et je n'ose parler de la place du sport à l'université, sans commune comparaison avec le sport universitaire dans les universités américaines digne de nos clubs professionnels.

Pensez au parcours de cette américaine, issue d'une fratrie de sept enfants, Pat Russo. Cette femme d'affaires dirige aujourd'hui le numéro deux mondial des télécoms (Alcatel-Lucent) , une entreprise du CAC 40. Pat Russo n'a de cesse de le répéter : « j'aime la compétition, j'aime gagner » [1]. Réaction primaire d'une américaine attardée ? Pour s'imposer dans ce milieu d'affaires très masculin, elle a sans cesse affronté ses frères sur les terrains de football, de basket et de hockey sur gazon du New Jersey. Si son cursus universitaire remarquable lui a donné les compétences théoriques, la pratique assidue du sport lui a donné un état d'esprit compétitif adapté au fonctionnement réel des entreprises.

La semaine dernière, j'étais invité à faire un séminaire sur l'économie du sport et du loisir sportif en STAPS à l'université de Montpellier I. J''apprends alors qu'un colloque était organisé sur le thème de «l'idéologie ultra-libérale comme menace pour les formations sportives ". L'enseignement du sport est à la dérive dans le système français, alors on accuse le libéralisme.. . Comment peut-on corriger nos faiblesses quand on est à ce point aveugle ?

Abordons la question de l'anglais. Le constat des professionnels est unanime : nos étudiants ne sont pas à l'aise avec l'anglais. Alors, les étudiants vont rejeter toute opportunité d'embauche à l'étranger. Ces propos m'ont fait pensé à une inspectrice de l'académie qui considérait que l'école publique ne devait pas être « complice de l'hégémonie américaine » en systématisant la pratique de l'anglais dans les écoles primaires. Cela me laisse songeur.

Mais ce processus est révélateur d'un problème plus profond concernant la mobilité dans notre pays. L'inspectrice d'académie considère sans doute que les enfants de l'école du village vont trouver demain du travail dans leur village. Pourtant, cela n'est pas plus vrai aujourd'hui que cela ne l'était du temps de nos parents.

Venons-en à l'économie. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la catastrophe française en ce domaine [2]. On demande aux électeurs de se prononcer sur des programmes et des problématiques économiques à un moment où ils sont de moins en moins éclairés en ce domaine. Les professionnels sont consternés par le niveau d'inculture économique des lycéens et des étudiants de manière générale. L'inculture économique, c'est dans le meilleur des cas ! Car globalement, le système éducatif distille une véritable culture anti-économique, une contre-culture ou plutôt, une « alter-culture » unique au monde au point que les étudiants ne comprennent rien à l'entreprise. Ils confondent charges, chiffres d'affaires et bénéfice. Ils pensent qu'un patron s'en met plein les poches. Les étudiants les plus zélés assimilent l'entreprise à un lieu d'exploitation jamais à un outil de création de richesses.

Finalement, notre rapport collectif au sport, à l'anglais et à l'économie est le symptôme d'un mal terrible, susceptible de terrasser tout un pays qui refuse d'entendre le diagnostic et d'en tirer toutes les conséquences. Dans ce domaine, où l'avenir de nos enfants se joue, une rupture s'impose.

Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 6 décembre 2006

http://caccomo. blogspot. com/

[1] Le Point, 30 novembre 2006, n° 1785 : p. 94.

[2] Caccomo J.L. « La troisième voie : impasse ou espérance », Editions Les Presses Littéraires, à Paraître.