12.11.2007

Campus bloqués

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Etudiants occupant des voies ferrées à Rennes pour protester contre la loi Pécresse (8 novembre 2007)
Chronique d'espérance
Jean-Louis Caccomo,
Perpignan le 12 novembre 2007
http://caccomo. blogspot. com/

La réforme des universités était annoncée dans le programme du candidat Sarkozy. Qu’il cherche à tenir ses promesses est une chose bien normale et parfaitement démocratique. On ne peut pas rejeter le verdict des urnes sous le prétexte qu’il fâche une infime minorité. Pourtant, une fois élu, le président de la République avait déjà bien édulcoré le projet initial de Valérie Pécresse, notamment après avoir rencontré les principaux syndicats étudiants, dans un souci d’apaiser les esprits [1]. Mais encore faut-il avoir à faire à des esprits. Depuis quand les étudiants gèrent-ils l’université ? Les étudiants sont-ils les mieux placés pour savoir ce qui est bien pour l’université, et finalement pour eux ? Vont-ils bientôt décider eux-mêmes des contenus des cours et des notes qu’ils mettront à leurs propres copies ?

Comme beaucoup d’enfants gâtés, certains étudiants veulent toujours moins d’évaluation, moins de sélection, pas de redoublement, plus de droits, autant de sirènes démagogiques auprès desquelles des adultes responsables ne doivent pas succomber [2]. Les parents vont-ils demander à leurs enfants comment il convient de les éduquer. Etre à l’écoute (des jeunes) n’est pas être aux ordres (des jeunes). Bien-sûr, ces étudiants vont me rétorquer qu’ils sont majeurs. Sans doute sur le papier ! Mais ils sont tout de même à la charge de la collectivité nationale tandis qu’un bon nombre vit encore chez leurs parents. On est majeur quand on est autonome... mais précisément, l'autonomie, ils n'en veulent pas et ils la redoutent. Alors tant que la collectivité leur financera des études, ils devront rendre des compte aux contribuables. C’est un devoir moral avant d’être une contrainte comptable dans le sens où il y a toujours des devoirs imposés en contrepartie de droits distribués.

Les pouvoirs publics ont tout de même rencontré les syndicats étudiants, faisant toutes les concessions demandées. Il s’agissait de rassurer les syndicats en vue d’acheter la paix sociale. Finalement, le projet d’autonomie a tellement été amendé que l’autonomie des universités françaises est renvoyée aux calendes grecques. Par contre, on a quand même les blocus. C’est bien la preuve que le dialogue social à la Française ne fonctionne pas, mais qu’il a lieu de plus au mépris des urnes et des électeurs. Dans le fond, ce « dialogue » de sourd est révélateur de dérèglements plus profonds et plus inquiétants.

Premièrement, il est cocasse qu’en France certains étudiants n’aient toujours pas compris que seuls les travailleurs sont en mesure de déclarer et faire une grève dans la mesure où ils ont un travail. Quand les cheminots font grève, cela bloque le pays. Mais quand des étudiants s’arrêtent d’étudier, personne ne s’en aperçoit, surtout s’ils se sont engouffrés dans des formations qui ne correspondent à aucune demande sociale. Dans ces cas là, l’intelligence et la modestie commandent de faire profil bas. On peut nuancer ce propos en considérant que les étudiants ont en réalité un métier : c’est celui consistant à étudier. En ce sens ce sont au minimum des « pré-travailleurs » ou de futurs travailleurs en train de constituer et forger leur stock de capital humain. Les enseignants ont pour métier d'enseigner. Les premiers sont donc « de passage » à l'Université tandis que les seconds y accomplissent leur vie professionnelle. Seuls donc les seconds devraient être admis à participer à la mise au point d'une réforme universitaire, quelle qu'elle soit ! Comment les Etudiants peuvent-ils raisonnablement participer à la réforme d'une institution dans laquelle nombre d'entre eux ne passent que 2 à 5 ans en moyenne ?

En tous cas, un étudiant n’est pas encore un travailleur, et il ne le sera jamais s’il ne se donne pas la peine de choisir des filières d’enseignement supérieur qui lui apporteront une réelle qualification ? Les étudiants les plus virulents sont inscrits dans des filières qui n’offrent aucune perspective de débouchés. Autrement dit, la collectivité se paie le luxe d’entretenir des individus dont l’utilité ne saute plus aux yeux (et c’est un doux euphémisme) alors qu’elle n’en a plus les moyens aujourd’hui.

Deuxièmement, partout dans le monde (civilisé), l’autonomie des universités est l’expression et la garantie de la liberté de l’enseignement supérieur et la condition du progrès des sciences et des connaissances ; mais c’est une liberté dans la responsabilité , celle-là même qui effraie nos anarchistes assistés. On ne peut plus développer en France des formations parking qui condamnent les étudiants au chômage au frais du contribuable : on plume ainsi les parents pour duper les enfants ! Les universités sont libres de proposer les formations qu’elles désirent du moment que ces formations s’autofinancent. Et elles s’autofinanceront dans la mesure où les bénéficiaires directs de ces formations universitaires – les étudiants, les fondations, les collectivités locales et les entreprises - seront disposés en assumer le coût.

Ces derniers seront d’autant plus disposés à en assumer le coût qu’ils considèreront que ces formations constituent un investissement pour eux, c’est-à-dire qu’elles apportent une réelle qualification, donc un emploi et une perspective de carrière pour l’étudiant, des compétences et des perspectives de résultats pour l’entreprise ou la collectivité.

Enfin, nous payons le prix de la démagogie et de la démission collective des adultes fascinés par un jeunisme qui est un aspect du politiquement correct ambiant (et qui conduit certains parents à être littéralement aux ordres de leurs enfants). Dans un passé encore récent, seule une minorité avait accès à l’université, ce qui n’était guère démocratique, il faut en convenir. Mais cette minorité éclairée remplissait les filières académiques qui faisaient la fierté de nos universités car c’est bien dans ces filières que se transmettaient, depuis des lustres, les savoirs les plus fondamentaux.

Aujourd’hui, le financement des études est pris en charge par le contribuable et les universités sont ouvertes à tous tandis que plus de 80 % des élèves de terminal obtiennent le baccalauréat. Or les filières académiques (en sciences physiques, sciences naturelles, droit et sciences économiques) se vident ; elles ne survivent que parce que nous « importons » des cerveaux étrangers (principalement en provenance des pays d’Asie et de l’Afrique) tandis que se multiplient des formations alibis pour accueillir ces bacheliers d’un nouveau type, qui fuient les savoirs fondamentaux jugés difficiles.

Et c’est parce que nous nous sommes trop facilement laissés aller sur cette pente de la facilité immédiate que les universités françaises sont en train de sombrer dans les abysses de tous les classements internationaux.

[1] Le président Sarkozy avait rencontré les dirigeants de l’UNEF avant l’été, dans un élan d’ouverture, notamment en faisant toutes les concessions demandées par l’UNEF, ce qui revenait à vider de sa substance le projet initial de réformes des universités. Aujourd’hui, l’UNEF appelle à l’extension du conflit. Ainsi, ce syndicat ne respecte même pas sa propre parole, cherchant à récupérer un conflit manipulé et orchestré par l’extrême-gauche la plus radicale.

[2] A Perpignan, les plus virulents sont allés manifester devant les locaux du Medef et de la Maison de l'Entreprise pour chasser les patrons hors de l'université. ..

10.05.2007

Quelle victoire !

Le séisme électoral provoqué par le premier tour a été largement dimanche soir : le taux de participation a battu des records historiques et l’écart entre le candidat vainqueur et la candidate vaincue est sans appel. Essai brillamment transformé. Le peuple français a tranché. Et il a tranché nettement !

Les arguties, les attaques violentes, les coups bas, les mises en scène théâtrales et les contorsions indécises n’ont pu changer le cours des choses telles qu’elles se sont présentées clairement au premier tour. On aura pu mesurer dans cette campagne comment la diabolisation fut instrumentalisé e par une gauche en quête de socle idéologique. A défaut d'avoir un programme positif et des propositions claires, les leaders de la gauche ont manipulé une arme qui leur explose aujourd'hui à la figure. Parce que je me suis impliqué à mon niveau local, j'ai eu droit à mon lot d'insultes et d'invectives. Mais la peur intimide seulement les indécis.

Le meeting de Bercy fut un grand moment de rassemblement entre les deux tours. Mais le débat télévisé m’avait laissé un goût amer, notamment après le coup de colère proprement déplacé (et largement simulé) de Ségolène Royal. Alors je me suis rendu à Montpellier, jeudi dernier, pour participer au dernier meeting du candidat Sarkozy. Je voulais vivre ce moment et j’ai pu ressentir dans ma chair ce que j’avais analysé avec mon esprit. Encore une fois, les commentaires du monde médiatique, qui s'auto-félicitaient de la prestation de madame Royal, étaient à côté de la réalité. Ont-ils au moins la capacité à tirer des leçons quand on les voit polémiquer aujourd'hui sur la croisière de Mr Sarkozy ? Mais, certains journalistes ont tendance à confondre l'opinion publique avec le fait de rendre publique leur opinion personnelle.

Nous changeons d'ère. Il était grand temps. C’est Nicolas Sarkozy qui est aujourd’hui porteur de changement et d’espérance. Il est l’homme qui a su rassembler une droite désormais décomplexée redevenue fière d’elle-même. Il est l'homme qui a fait exploser la gauche. Il est celui qui a suscité, pour la première fois depuis des décennies, un vote d’adhésion franche et non un vote de contestation.

C’est une étape historique cruciale de nature à créer les conditions du déblocage politique tant attendu pour notre pays. Le nouveau président de la république a désormais dans les mains les clés de la réforme. Cette superbe victoire lui lie en quelque sorte les mains : il ne peut pas ne pas mettre en œuvre le changement annoncé. Mais cette victoire lie aussi les mains à ceux qui chercheraient à l’empêcher de gouverner par les moyens illégitimes dont la France a trop longtemps souffert. Aucun troisième tour social ne saurait être légitime. Chacun doit maintenant prendre ses responsabilité s. La démocratie n’est pas malade et elle a parfaitement bien fonctionné n'en déplaisent à ceux qui considèrent qu'il n'est pas démocratique de ne pas voter selon leurs désirs. Il appartient aux gens responsables de laisser fonctionner pleinement nos institutions.

Les libéraux qui ne se sont pas égarés dans un centre appelé désormais à participer à la rénovation d’une gauche moderne (que j'appelle de mes voeux, notamment derrière Dominique Strauss-Kahn qui est un des rares leaders socialistes à faire le constat qui s'impose désormais à la gauche), doivent se donner les moyens de jouer leur partition dans ce mouvement de réforme, en trouvant notamment leur place naturelle au sein de la nouvelle majorité présidentielle.

Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 9 mai 2007

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06.12.2006

Les naufrages de l'éducation nationale, ou le débat impossible

medium_caccomo.jpgLa façon dont on forme la jeunesse est révélatrice d'un modèle de société.

Je dirige un master professionnalisé à l'université de Perpignan depuis trois ans. Dans ce cadre, je suis amené à côtoyer de près le milieu professionnel dans un souci de rapprochement du monde de l'université et de l'entreprise qui me conduit à mettre en oeuvre en permanence des procédures d'évaluation, d'autoévaluation et de benchmarking pour mieux faire évoluer les cursus par rapport aux besoins des futurs employeurs. Certes, beaucoup reste à faire dans l'empire de la rigidité qu'est notre noble université. Mais je mesure mieux aujourd'hui l'ampleur des décalages qui ont aboutit à un chômage structurel qu'aucune mesure conjoncturelle de relance de la demande n'est susceptible de rectifier.

Ce dialogue avec les chefs d'entreprises et les cadres est particulièrement instructif. Il en dit long sur le regard que portent les acteurs économiques sur nos étudiants. Alors que les rapports officiels défendent l'idée que le niveau monte, la plupart des professionnels jettent un regard sévère sur les lycéens et les étudiants. Ce n'est pas toujours le niveau qui est d'ailleurs en cause. C'est plus souvent une attitude, une adaptabilité. Comment, en quelques semestres, l'université peut-elle rectifier un pli pris depuis le primaire ? Et l'université cherche-t-elle même à rectifier ce pli ?

Il faudrait que le diagnostic officiel autorise le débat. Mais le diagnostic du marché du travail est sans appel. Notre système de formation en général, et l'université française en particulier, montrent de grandes faiblesses dans trois domaines jugés cruciaux par les acteurs de l'entreprise : le sport, l'anglais et l'économie.

Considérons la problématique inattendue du sport. Pour les professionnels, les étudiants n'ont pas l'esprit de compétition ; ils n'expriment pas la « soif de gagner » et le plaisir de se mesurer aux autres. La pratique d'un sport nous apprend que l'adversaire n'est pas un ennemi mais un partenaire auquel on se mesure pour mieux se dépasser. Lorsque le partenaire est trop fort, alors on perd tout le temps et ce n'est pas intéressant. Lorsqu'il est trop faible, on gagne à chaque fois et ce n'est pas motivant. Ainsi, la compétition implique l'autoévaluation dans la confrontation permanente et assidue.

La compétition, l'autoévaluation, le benchmarking, c'est précisément tout ce que l'on veut bannir à l'école et dans les universités au nom d'un moule unique qui offrirait la même qualité de formation partout sur le territoire. Au point que le débat sur l'opportunité de donner des devoirs à la maison ou de maintenir un système de notation est récurrent. Il ne faut surtout pas traumatiser nos enfants ! Et je n'ose parler de la place du sport à l'université, sans commune comparaison avec le sport universitaire dans les universités américaines digne de nos clubs professionnels.

Pensez au parcours de cette américaine, issue d'une fratrie de sept enfants, Pat Russo. Cette femme d'affaires dirige aujourd'hui le numéro deux mondial des télécoms (Alcatel-Lucent) , une entreprise du CAC 40. Pat Russo n'a de cesse de le répéter : « j'aime la compétition, j'aime gagner » [1]. Réaction primaire d'une américaine attardée ? Pour s'imposer dans ce milieu d'affaires très masculin, elle a sans cesse affronté ses frères sur les terrains de football, de basket et de hockey sur gazon du New Jersey. Si son cursus universitaire remarquable lui a donné les compétences théoriques, la pratique assidue du sport lui a donné un état d'esprit compétitif adapté au fonctionnement réel des entreprises.

La semaine dernière, j'étais invité à faire un séminaire sur l'économie du sport et du loisir sportif en STAPS à l'université de Montpellier I. J''apprends alors qu'un colloque était organisé sur le thème de «l'idéologie ultra-libérale comme menace pour les formations sportives ". L'enseignement du sport est à la dérive dans le système français, alors on accuse le libéralisme.. . Comment peut-on corriger nos faiblesses quand on est à ce point aveugle ?

Abordons la question de l'anglais. Le constat des professionnels est unanime : nos étudiants ne sont pas à l'aise avec l'anglais. Alors, les étudiants vont rejeter toute opportunité d'embauche à l'étranger. Ces propos m'ont fait pensé à une inspectrice de l'académie qui considérait que l'école publique ne devait pas être « complice de l'hégémonie américaine » en systématisant la pratique de l'anglais dans les écoles primaires. Cela me laisse songeur.

Mais ce processus est révélateur d'un problème plus profond concernant la mobilité dans notre pays. L'inspectrice d'académie considère sans doute que les enfants de l'école du village vont trouver demain du travail dans leur village. Pourtant, cela n'est pas plus vrai aujourd'hui que cela ne l'était du temps de nos parents.

Venons-en à l'économie. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la catastrophe française en ce domaine [2]. On demande aux électeurs de se prononcer sur des programmes et des problématiques économiques à un moment où ils sont de moins en moins éclairés en ce domaine. Les professionnels sont consternés par le niveau d'inculture économique des lycéens et des étudiants de manière générale. L'inculture économique, c'est dans le meilleur des cas ! Car globalement, le système éducatif distille une véritable culture anti-économique, une contre-culture ou plutôt, une « alter-culture » unique au monde au point que les étudiants ne comprennent rien à l'entreprise. Ils confondent charges, chiffres d'affaires et bénéfice. Ils pensent qu'un patron s'en met plein les poches. Les étudiants les plus zélés assimilent l'entreprise à un lieu d'exploitation jamais à un outil de création de richesses.

Finalement, notre rapport collectif au sport, à l'anglais et à l'économie est le symptôme d'un mal terrible, susceptible de terrasser tout un pays qui refuse d'entendre le diagnostic et d'en tirer toutes les conséquences. Dans ce domaine, où l'avenir de nos enfants se joue, une rupture s'impose.

Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 6 décembre 2006

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[1] Le Point, 30 novembre 2006, n° 1785 : p. 94.

[2] Caccomo J.L. « La troisième voie : impasse ou espérance », Editions Les Presses Littéraires, à Paraître.